Tu t’es déjà demandé si, avec ton gabarit “normal”, tu avais vraiment ta place sur un terrain de rugby ? Cet article est pour toi.
“Désolé, on n’a plus de place aux petits gabarits”
Tu arrives au bord du terrain. Nouveau club, nouveaux visages. Tu ne connais personne, mais tu as pris ta décision : ce soir, tu t’y mets vraiment. Le rugby, tu en as envie depuis longtemps.
Devant toi, les joueurs s’échauffent. Ça tape fort, ça discute, ça chambre. Tu observes vaguement leurs épaules, leurs cuisses, leurs bustes… et forcément, tu compares. Tu n’as pas un gros ventre, tu n’es pas bâti comme un frigo américain, tu ne fais pas 1m90. Tu es “juste” toi.
Tu repenses à ce qu’on te répète depuis des années :
- “Le rugby c’est pour les costauds.”
- “Tu vas te faire démonter avec ton poids là.”
- “C’est sympa, mais t’as pas le gabarit.”
Tu respires un grand coup. Tu te présentes à l’entraîneur. Il te serre la main, te pose deux-trois questions. Tu signales que tu n’as pas un gros passé rugbystique, mais une vraie envie de t’y mettre. Il te regarde rapidement de haut en bas.
“Tu joues quoi, toi ?” Tu bafouilles un peu, tu ne sais pas trop. “Plutôt arrière, ou à l’aile, je suis pas très lourd…”
Il lève les yeux vers le terrain, regarde ses joueurs, hésite une seconde et te lâche :
“Ah… On est déjà un peu chargés en petits gabarits derrière. Par contre, si tu prends 10 kilos, on peut voir pour te mettre devant.”
Tu ris nerveusement. Tu ne sais pas trop quoi répondre. Tu fais l’entraînement quand même, mais tu te sens déjà rangé dans une case. Tu n’es pas un colosse, donc tu n’es “pas vraiment” un rugbyman. En rentrant chez toi, une petite phrase te traverse l’esprit :
Et si ce n’était pas toi le problème, mais le club ?
Le mensonge le plus répandu sur le rugby amateur
On va être clair : tu n’as pas besoin d’être massif pour jouer au rugby. Mais ce n’est pas ce que tu entends le plus souvent, n’est-ce pas ?
Le mensonge, il ressemble à ça :
“Si tu ne fais pas minimum X kilos ou X centimètres, tu vas souffrir, alors laisse tomber ou reste sur le bord.”
Ce discours, on te l’a peut-être servi :
- au lycée, par un prof d’EPS qui n’y connaissait rien mais répétait les clichés
- par des potes déjà en club qui ont projeté leurs propres peurs sur toi
- ou pire : par un entraîneur qui ne sait pas faire jouer autre chose que des bulldozers
Résultat ? Tu te demandes si tu as le droit, toi aussi, de rêver de ce sport. Tu te surprends à taper sur Google :
- “peut-on jouer au rugby quand on est léger”
- “rugby petit gabarit quel poste”
- “trop maigre pour le rugby ?”
Si tu es tombé sur cet article, ce n’est pas un hasard. Tu ne cherches pas seulement des infos, tu cherches une validation : “Est-ce que j’ai vraiment ma place sur un terrain ?”
Spoiler : oui. Mais il y a une condition qu’on te dit rarement :
Tu as ta place, à condition de trouver le bon club… et de savoir comment le choisir.
Ce que tu ne dois surtout pas accepter d’un club
Avant de parler du “bon” club, parlons du mauvais. Celui qui va te dégoûter du rugby en trois entraînements.
1. Le club qui réduit ta valeur à ton poids
C’est le club où l’on te demande ton poids avant de te demander ce que tu aimes dans le rugby.
Regarde les signaux :
- on plaisante sur ton gabarit dès le premier entraînement
- on t’explique que “de toute façon, à ton poids…” avant même de t’avoir vu jouer
- on te parle de t’inscrire en muscu avant même de parler de passes, de lecture de jeu ou de technique
Si ton premier contact avec le club ressemble à un entretien d’embauche pour porteur de frigo, pose-toi des questions. Tu ne viens pas postuler pour être meuble, tu viens jouer au rugby.
2. Le club qui confond rugby amateur et Top 14
Tu en as peut-être déjà croisé : ces clubs qui jouent en promotion d’honneur mais s’entraînent “comme les pros”.
- 3 entraînements par semaine obligatoires “sinon tu ne joues pas”
- vidéo, muscu, plan alimentaire… pour un mec qui bosse 39h et a une vie à côté
- on te regarde de travers si tu parles de plaisir avant de parler de résultat
Quand tu n’as pas le gabarit “typique”, ce genre de contexte peut devenir un enfer : on ne cherche pas à comprendre ton profil, on cherche à te “transformer”.
3. Le club qui ne sait pas faire jouer autrement que “tout droit”
Si à chaque consigne tu entends :
- “On va devant, on avance, on fait parler le physique”
- “On joue à une passe, pas de chichi”
- “On rentre dedans, c’est tout”
… tu peux déjà deviner la suite : si tu n’as pas 100 kg, on va te voir comme un figurant dans ce système. On te balancera sur une aile, “au cas où”, sans jamais réellement compter sur toi.
Tu ne peux pas changer un club comme ça. En revanche, tu peux en choisir un autre.
La vraie question à te poser : de quoi as-tu besoin, toi ?
Avant même d’ouvrir Google Maps pour taper “club de rugby près de chez moi”, il y a une étape que presque tout le monde zappe : se demander ce que toi, tu veux vraiment vivre dans ce sport.
Pose-toi quelques questions simples :
- Tu veux surtout du plaisir, ou tu vises la compétition à fond ?
- Tu as quel niveau de base : débutant complet, un peu de pratique, ancien joueur ?
- Tu peux t’entraîner combien de fois par semaine, réellement ?
- Tu préfères un groupe très sérieux ou une ambiance plus “troisième mi-temps” ?
- Tu as envie qu’on t’encadre, qu’on te forme, ou qu’on te laisse surtout découvrir par toi-même ?
Tu remarqueras un truc : dans tout ça, on n’a jamais parlé de ton poids ni de ta taille.
Pourtant, ce sont ces réponses-là qui vont déterminer si un club te convient… ou va te broyer.
Comment repérer un club qui respecte les “non-colosses”
On passe au concret. Tu veux savoir comment, en quelques recherches et un ou deux coups de fil, tu peux déjà filtrer 80 % des clubs qui ne te correspondront pas ?
1. Ce que tu peux déjà voir sur internet
Quand tu tapes le nom d’un club sur Google, ne regarde pas que l’adresse. Regarde :
- Les photos sur le site ou les réseaux sociaux : est-ce que tu ne vois que des gros gabarits en mêlée ? Ou aussi des profils variés, backs légers, joueurs mobiles ?
- Le ton des publications : si tout est basé sur “gros combat”, “gros pack”, “on a détruit l’adversaire devant”, pose-toi des questions.
- La place faite aux équipes loisirs, vétérans, féminines : un club qui sait gérer des profils variés a souvent une culture plus ouverte.
N’hésite pas à regarder les commentaires, les avis Google, la manière dont le club répond. Ça en dit long sur la mentalité générale.
2. Les bonnes questions à poser au téléphone
Tu as repéré un club potentiel ? Appelle. Et surtout, ne te contente pas de : “Bonjour, je voudrais savoir les horaires d’entraînement.”
Tu peux demander, par exemple :
- “J’ai un gabarit plutôt léger, vous avez l’habitude de ce type de profil ?”
- “Vous avez des joueurs qui débutent ou c’est surtout des anciens ?”
- “Vous faites comment pour intégrer les nouveaux dans le collectif, au début ?”
- “Chez vous, un joueur pas très lourd, il joue où en général ?”
Écoute les réponses, mais écoute surtout le ton :
- si on rigole franchement de ton gabarit, tu as déjà ta réponse
- si on t’explique calmement qu’ils ont l’habitude de profils variés, c’est bon signe
- si la personne au bout du fil cherche à te caser “quelque part” avant d’avoir compris qui tu es, méfiance
Tu ne demandes pas un traitement spécial. Tu demandes juste si, dans ce club, un joueur qui ne fait pas 100 kg est considéré comme un vrai joueur.
3. Le premier entraînement : ce que tu dois observer (en plus des plaquages)
Le premier entraînement, c’est comme une première rencontre : toi, tu les observes autant qu’ils t’observent.
Pendant l’échauffement, les ateliers, les oppositions, demande-toi :
- Est-ce que les coachs donnent des consignes adaptées selon les profils ou tout le monde reçoit la même sauce ?
- Est-ce qu’on valorise aussi les bonnes attitudes, la technique, le placement… ou seulement les gros contacts ?
- Est-ce que les petits gabarits du groupe sont respectés ou systématiquement chambrés ?
- Est-ce que tu sens que tu peux poser des questions sans passer pour un boulet ?
Un truc très simple à regarder : est-ce que les joueurs viennent spontanément te parler, t’expliquer, t’intégrer ? Ou est-ce qu’on te laisse galérer dans ton coin ?
Tu peux accepter de ne pas tout réussir. Tu ne dois pas accepter de te sentir toléré “malgré” ton gabarit.
Tu n’es pas un cas isolé (même si tu te sens seul au bord du terrain)
Parlons d’un truc que personne n’avoue en public : la honte.
La honte de :
- ne pas “faire le poids” dans un regroupement
- craindre le regard des autres quand tu enlèves ton t-shirt
- te dire que tu vas te ridiculiser sur un plaquage raté
- avoir peur d’être celui qu’on protège plutôt que celui avec qui on construit le jeu
Tu crois peut-être que tu es le seul à ressentir ça. Pourtant, il y a des milliers de joueurs amateurs qui traversent exactement la même chose. Certains ont arrêté. D’autres n’ont même jamais osé commencer.
Et puis il y en a qui ont tenu. Pas parce qu’ils ont pris 20 kilos de muscles, mais parce qu’ils ont :
- trouvé un club où leur profil avait une vraie valeur
- adapté leur jeu à leur corps (et pas l’inverse)
- appris à utiliser leurs qualités : vitesse, intelligence de jeu, déplacement, timing
Cette transformation-là ne commence pas dans une salle de musculation. Elle commence dans la tête. Quand tu arrêtes de croire que tu es “en moins” parce que tu es en “moins lourd”.
Ce que cherche vraiment un bon entraîneur (indice : ce n’est pas ton IMC)
Dans le rugby amateur, il y a deux types d’entraîneurs :
- ceux qui veulent des profils “prêts à l’emploi”, formatés, et qui ne veulent pas s’adapter
- ceux qui voient un joueur, pas un gabarit, et qui savent créer un rôle pour chacun
Un bon entraîneur, quand il te voit arriver, il ne pense pas “trop léger” ou “trop petit”. Il pense :
- est-ce qu’il écoute ?
- est-ce qu’il a envie d’apprendre ?
- est-ce qu’il a une qualité exploitable : vitesse, vision du jeu, courage, agilité… ?
Et surtout : est-ce que je peux l’aider à progresser ?
Toi, c’est ce type d’entraîneur que tu dois chercher. Pas celui qui te dira “Tu reviendras quand tu feras 90 kg”, mais celui qui te dira :
“OK, avec ton profil, on va travailler ça, ça et ça. On va faire en sorte que tu sois indispensable là où tu es fort.”
Ce genre de discours, tu le reconnais. Tu le sens dans la manière qu’a le coach de parler aux joueurs, d’encourager, de corriger sans humilier.
Comment transformer ton “handicap” supposé en vraie force sur le terrain
Venons-en à un point important : on ne va pas faire semblant, oui, tu vas parfois morfler plus que les autres.
Quand tu n’es pas massif :
- tu prends les contacts différemment
- tu as moins d’inertie dans les percussions
- tu peux te faire balader si tu te présentes n’importe comment
Mais ça ne veut pas dire que tu es condamné à te faire marcher dessus. Ça veut dire que tu dois jouer autrement.
Concrètement, ça passe par :
- ta technique de plaquage : bien plus propre que la moyenne, parce que tu ne pourras jamais te contenter de “taper fort”
- ta course : bien plus intelligente, pour arriver au bon endroit, au bon moment, et pas t’exposer pour rien
- ta lecture du jeu : développer un coup d’avance, pour ne pas subir mais anticiper
- ton mental : arrêter de te voir comme une victime potentielle, te voir comme un joueur à part entière
Toutes ces choses, tu peux les apprendre. On ne te les enseignera pas dans tous les clubs. On ne te les expliquera pas dans tous les vestiaires.
Mais quand tu commences à les maîtriser, un truc très bizarre se produit :
les mêmes joueurs qui te prenaient de haut commencent à compter sur toi.
La vraie victoire : se sentir légitime, quoi qu’en dise la balance
Imagine un instant :
- tu arrives à l’entraînement sans avoir peur du regard des autres
- tu sais exactement sur quoi tu veux progresser
- tu connais ton rôle sur le terrain, et tes coéquipiers aussi
- tu ne t’excuses plus intérieurement d’être “moins lourd”, tu joues ton jeu à fond
Ce n’est pas un fantasme, ni un “truc de pros”. C’est accessible en rugby amateur, avec un corps normal, un boulot, une vie, des contraintes.
Ça ne se fait pas en un claquement de doigts. Mais ça commence souvent par deux décisions :
- choisir un club qui te respecte et te développe
- arrêter d’attendre qu’on te donne la légitimité, et commencer à te la construire
Le club, tu peux le changer. Ton gabarit, tu peux l’améliorer un peu, mais tu ne changeras pas ta nature profonde. En revanche, ta manière de jouer, de te préparer, de te positionner, elle, peut totalement évoluer.
Si tu t’es reconnu en lisant ça…
On va être honnête : si tu es arrivé jusqu’ici, c’est probablement que tu t’es reconnu dans ce que tu viens de lire.
Peut-être que :
- tu as déjà quitté un club parce que tu ne trouvais pas ta place
- tu hésites depuis des mois à te lancer parce que tu te crois “pas fait pour ça”
- tu joues déjà, mais tu as l’impression d’être toujours au bord du projet collectif, jamais au centre
Tu sais maintenant que le problème ne vient pas forcément de toi. Qu’il vient souvent :
- d’un mauvais choix de club
- d’idées fausses sur ce que doit être un rugbyman
- et parfois, d’un manque de repères pour construire ton propre style de jeu
Tout ce qu’on a survolé ici — comment choisir ton club, te positionner, bâtir un jeu adapté à ton corps, gérer la peur du contact, t’imposer dans le vestiaire sans être le plus imposant physiquement — peut être creusé, structuré, organisé.
Si tu veux aller plus loin que cet article et vraiment te donner les moyens de jouer, de t’imposer et de prendre du plaisir au rugby sans être grand, lourd ou surpuissant, alors la prochaine étape est toute trouvée.
Juste en dessous, tu vas trouver un encadré qui te présente un livre pensé exactement pour des joueurs comme toi : ceux qui aiment le rugby, mais ne rentrent pas dans le cliché du “colosse”.
Prends le temps de le découvrir. Ce ne sera peut-être pas le livre qui te fera gagner 20 kilos, mais il peut très bien être celui qui te fera enfin gagner ta place sur le terrain.